Historique

Il existe deux thèses concernant l'origine de l'Abondance.

Pour certains, elle serait issue d'une vieille race autochtone dont on aurait retrouvé des ossements dans les installations lacustres du bord du Léman.

Pour d'autres, elle serait plutôt une descendante de la population Pie-Rouge Européenne qui nous a donné également la Montbéliarde, la Simmental, la Fribourgeoise, et même la Charolaise. La différenciation de ces races s'étant produit au cours des siècles sous l'action du milieu naturel et d'une sélection plus ou moins empirique des éleveurs.

Au sein du Chablais, le Val d'Abondance, considéré comme le berceau de la race, se prêtait particulièrement à la naissance et au développement d'une population bovine originale. Ce pays, dans lequel on ne trouve aucune trace d'habitation humaine avant le V ème siècle, a été colonisé par les Burgondes. Les us et coutumes de vie de ces peuplades favorisent une exploitation communautaire des montagnes et le maintien d'une indépendance presque totale durant toute la période de la féodalité. Cet isolement, tant politique que géographique d'une vallée fermée, a contribué à la spécificité de l'Abondance et a conduit à en faire une race façonnée par la vie en montagne.

La création, au début du XII ème siècle de deux grandes abbayes, à Abondance et à St Jean d'Aulps, et l'influence considérable de ces établissements monastiques sur l'économie pastorale permettent de penser que les moines s'intéressent à l'amélioration de ce bétail. Nul doute que les premiers randonneurs, dans les alpages, furent ces moines accompagnés de leurs vaches « Chablaisiennes ». Fabricants de fromages expérimentés, ils sélectionnèrent ces vaches avec l'objectif d'obtenir un lait riche, favorable à la notoriété de leurs produits. D'ailleurs, en 1381, lors de la réunion du conclave à Avignon pour procéder à l'élection du nouveau pape, 15 quintaux de fromage de l'Abbaye d' Abondance y sont expédiés.

La réputation de grande fromagère de l'Abondance est lancée.

Création du Herd-Book

Evoluant dans un milieu quelque peu privilégié, la population Abondance est réputée dans la région pour ses qualités.

Vers le milieu du XVIII ème siècle, les bovins, hors Chablais, ont une situation peu florissante. Le Marquis de Beauregard présente ainsi cet état de fait : « Ils sont petits et misérables ... et comment l'espèce serait-elle belle ? A peine retirons-nous de fourrage pour les sauver des hivers. Combien de fois n'est-on pas obligé dans les dures extrémités des neiges et des gelées, de découvrir les toits, pour leur donner le chaume enfumé et aride qui les couvre ? »

En 1836, Monsieur Dumont de Bonneville, dans un mémoire à l'académie royale de Savoie, préconise l'achat de taureaux dans les « hauts cantons » pour améliorer le cheptel de la plaine.
 Plus prés de nous, en 1881, Monsieur Rigaux, Professeur départemental d'Agriculture, signale qu'une vache rapporte annuellement 227 francs or à Abondance, 164 francs or à Thonon les Bains, 145 francs or dans le canton d'Annecy sud.
 La population « Chablaisienne » à cette époque se cantonne à la vallée d'Abondance, au Gavot, aux bords du lac Léman et à la vallée verte. En consultant les archives municipales d'Annecy, on constate que l'agglomération organisait bon nombre de concours agricoles de grande envergure où étaient présents entre autres les bovins. Jusqu'en 1892, il n'y avait pas de concours Abondance. Seules les races Villard de Lans, Tarentaises et Fribourgeoises étaient mentionnées.

Ouvrons une parenthèse sur ces vaches Fribourgeoises. On entend souvent dire que cette race a apporté à l'Abondance sa robe couverte distinctive. Or à la lecture des carnets de concours, on s'aperçoit, de par les descriptions des bovins concourants, que la race Fribourgeoise était très hétérogène. Leurs couleurs allaient du noir au rouge en passant par des robes bigarrées de blanc. En même temps, la description des vaches Abondance dans ces concours laisse apparaître une grande homogénéité. Elles sont toutes rouges et blanches avec parfois une nuance « jaune ».

De la création à la reprise

La création du herd-book fut définitivement entérinée lors du premier concours Spécial qui se déroula les 14 et 15 septembre 1895, à Thonon les Bains.
Les premières inscriptions commencèrent le 25 novembre 1895. Parallèlement, un livre généalogique fut ouvert et imprimé en 1897. C'était un registre rassemblant les 1 415 premiers animaux inscrits. 
Les inscriptions se poursuivent jusque vers 1906-1909. Après cette date, il n'y a plus trace d'archive. Quoi qu'il en soit, après la Première Guerre Mondiale, le Herd-Book semblait bien ne plus être qu'un souvenir.

Depuis la fondation du Herd-Book jusqu'en 1911, c'est la Société d'Agriculture de Thonon qui était chargée « d'assurer le maintien et le développement de cette précieuse race laitière et de contribuer à sa prospérité ». Ce qu'elle fit de manière très active en organisant de nombreux concours spéciaux en 1895, 1896, 1897, 1903 et 1905.

Le 20 février 1912, est créée « l'Union des Syndicats de la race Chablaisienne dit d'Abondance de la Haute-Savoie », avec comme premier président Monsieur J. GAGNAIRE.

Pendant tout ce temps, le bétail Abondance a occupé les Alpes du Nord, progressivement l'ensemble de la Haute-Savoie, le Val d'Arly en Savoie, puis les Alpes du Sud en passant par l'Isère. C'est vers 1910 que les éleveurs de la Drôme et de l'Ardèche s'intéressèrent à ce bétail rustique

A la sortie de la grande guerre, l'activité du syndicat reprend et des concours sont à nouveau organisés :

• Le 6 ème spécial a lieu à Thonon, les 26 et 27 août 1922,
• Puis le 11 et 12 mai 1923, à Annecy,
• Le 18 septembre 1927 à Thonon,
• Le 13 septembre 1931 à Thonon,
• Et le 22 septembre 1935, à Thonon.


En 1936, l'enregistrement des animaux sur registre est repris.

les animaux sont classés par commune. Un numéro de Herd-Book leur est attribué et le nom de l'animal ainsi que ses ascendants, le nom du propriétaire sont spécifiés.
Le 24 février 1937 est crée à Thonon le Syndicat de Contrôle Laitier de la race abondance, sous la présidence de René GIRARDIN. Puis nouvel arrêt pour cause de guerre.

En 1947 est crée un syndicat de Contrôle Laitier et enfin la réorganisation administrative permet l'installation du secrétariat permanent en 1956.